Sculpture

La galerie est visible ici.

Voici le texte de présentation d’un travail sur certaines sculptures du Louvre.

Petite Endolorie

Petite endolorie

Cette galerie rassemblant des images de sculptures du Louvre (ou du musée d’Orsay pour 4 d’entre elles) n’a comme on le verra aucune vocation didactique. Des œuvres d’époques et de styles différents s’y côtoient sans qu’aucune logique dans l’ordonnancement puisse transparaître. Même si j’ai regroupé le plus souvent les photos se rapportant à la même pièce, aucune vue d’ensemble de cette dernière n’est parfois fournie, encore moins le nom de l’auteur ni celui de l’œuvre. Un vrai travail de cochon, dirait un professeur d’histoire de l’art à cheval les principes de la corporation.
Qu’il me pardonne, ce bon monsieur, si je ne cherche qu’à restituer les sensations d’un visiteur inculte, un visuel pur qui tout comme moi aime à promener son regard du coté de l’aile Richelieu. Qui dit que cette promenade est indolente ? Ce visiteur et moi, si nous avons pour habitude de laisser l’intellect et la mémoire textuelle au vestiaire du Louvre, nous avons cependant en commun une exigence exorbitante: celle d’éprouver l’émotion à l’instant. Et c’est tout un travail.

Petit a, cela exige un certain positionnement par rapport à l’œuvre, qui je le rappelle est tridri-dimentionnelle. Ceci implique qu’elle produise une vision différente pour chaque angle de visée.
En particulier, il est surprenant que des chefs-œuvres réputés puissent sous certains angles paraître aussi absurdes. Voilà qui au contraire encourage à dénicher un positionnement rêvé, celui qui dévoile l’expression secrète, l’âme de la sculpture. La perspective inattendue, trop proche ou trop oblique pour être évidente, vaut aussi le détour pour le relâchement qu’elle engendre, pour le renoncement aux habitudes, aux poncifs visuels qu’elle provoque. Dans cette démarche, on fait fi de l’horizontal, luxe ultime auquel tant sacrifient la beauté.

viens

Viens

Petit b, Cela exige de revenir. L’heure et la météo sont des facteurs déterminant sur la lumière. La proportion d’éclairage naturel et artificiel, doux et bleuté pour le premier, jaune et tranchant comme une lame pour le second, évolue de minute en minute. Les objets se transforment à vue d’œil. Des découvertes sont à faire, de temps en temps.
A un rythme plus lent évolue la maturité du regard, à l’exercice de l’observation. On s’aperçoit alors que le musée change celui qui le visite. L’attention est payante, le promeneur sait de plus en plus ce qu’il veut et où le trouver.

Petit c
, cela exige un travail d’esquive des nombreux photographes amateurs, dont le but, semble-t’il, est plus de prouver qu’ils étaient bien au bien Louvre, que de restituer un état affectif, ou même de l’éprouver. Apparaître sur leurs photos, et DEVANT l’œuvre, jamais derrière, leur permet de produire la preuve voulue, et cela dans un concert de couinements exotiques et nasaux.

Petit d, Cela exige que l’on voit le Louvre, car il ne se borne pas à contenir, il baigne les œuvres et les nourrit de son passé, de ses lumières, de son acoustique majestueuse qui offre un surcroit de solennité à la rencontre et que la simple vue d’un de ces murs lointains suffit à évoquer.
Faites de l’œil à Caton d’Utique, et au coin du votre, le beige vanillé de l’édifice, le bleu du ciel par la verrière, tout là-haut, font l’écho de sa détermination. D’où l’intérêt d’élargir autant que faire se peut son champ de vision.

Voilà ce que nous coûte l’émotion instantanée, ces quatre points et bien d’autres. L’investissement vaut bien qu’on le rentabilise, et que pour cela on revienne l’appareil photo à la main, en prenant garde de faire les même efforts.
Un de plus est à faire, celui qui consiste à se rappeler l’état de quasi-parasitiste dans lequel se trouve celui qui puise en un clic dans l’immense travail d’un autre. Garder un brin d’humilité en l’écrivant ici me semble salutaire.
Enfin, que l’on me pardonne l’usage de cette optique étrange, un grand angle à grande ouverture, qui déforme parfois les proportions et fournit des flous vertigineux à celui qui l’exige.
Elle m’est chère parmi toutes autres par ce qu’elle ne mentionne que la tranche désirée du sujet, le reste flottant dans les limbes, et parce qu’elle m’enseigne à montrer l’essentiel.

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